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Furcy, né libre

Film français d'Abd al Malik, avec Makita Samba, Romain Duris et Aimé Boogevin.


"Furcy, né libre" (2025) est une œuvre puissante et nécessaire, librement adaptée du roman de Mohammed Aïssaoui L’Affaire de l’esclave Furcy (prix Renaudot 2010), qui retrace le combat juridique réel de Furcy Madeleine (1786-1856), esclave à l’île Bourbon (aujourd’hui La Réunion), pour faire reconnaître son statut d’homme libre après la mort de sa mère en 1817. Le film s’ouvre sur cette découverte décisive : un acte d’affranchissement hérité de sa mère Madeleine, qui le rend théoriquement libre, mais que son maître refuse d’honorer. Aidé d’un procureur abolitionniste, Furcy intente un procès qui durera des années, traversant les tribunaux de la colonie jusqu’à la métropole, dans une France napoléonienne hypocrite où l’égalité des droits ne s’applique pas aux colonies.

Ce film est passionnant. Il est très bien fait. Il dit tout, calmement, même si certaines scènes sont un peu violentes. On parle ici de l'esclavage, non comme une idée philosophique mais en regardant comment un esclave cherche à sortir de sa condition d'esclave. Quoiqu'il essaie de faire, son statut d'esclave, de meuble, lui est rappelée, et même s'il était libre, "[...] sa couleur de peau ne changerait pas" et le rappellerait encore et encore à sa condition d'esclave. On parle ici de cupidité, et malheureusement, tout le monde comprend cela : la société est capitaliste, on exploite les hommes pour faire du sucre.

Couper la canne à sucre est un travail très difficile, sans repos, à une cadence rapide. En plus de cela, les esclaves sont maltraités, ils sont frappés et reçoivent des coups de bâton pour l'exemple, sans vraie raison.

La France proclame Liberté Egalité Fraternité, et il semble que, sous certaines conditions, cela soit un peu plus vrai en métropole que dans les comptoirs, mais la mentalité n'est pas là : les noirs sont des esclaves, les blancs les font travailler. Et dans tout ça, Dieu ? Les blancs protègent les noirs en les rendant esclave, Dieu est invoqué pour le bon ordre dans la société. L'hypocrisie est totale.

Le film est intéressant, très bien fait, très bien documenté. J'ai pu lire de nombreux avis d'historiens qui disent que le film reflète plutôt bien l'époque, que ce soit dans le parcours de Furcy, dans la mentalité des gens, et dans le quotidien. Mais ce qui est à prendre en compte aussi, c'est que le Code Noir dont il est question dans ce film, qui retrace une histoire vraie, et un romain, existe toujours dans le corpus législatif français. Un projet de loi est présenté ce lundi à l'Assemblée Nationale, pour abroger ce code, donc le film est en plus d'une actualité incroyable.

Le réalisateur explique aussi que ce film est totalement d'actualité : Furcy s'en sort petit à petit, non par la violence, mais parce qu'il a appris à lire et écrire. L'éducation amènera son salut, et encore aujourd'hui, pour s'en sortir, il faut être éduqué, il faut savoir, comprendre, plus que jamais, pour pouvoir avancer et améliorer sa condition.

Je pense que c'est à la fois un beau film, qui a été filmé à La Réunion, à Maurice et en France métropolitaine, et à la fois un film qui a de beaux messages, voire même beaucoup de messages à faire passer, un film profond et profondément intéressant qu'il serait intéressant de voir plusieurs fois.

Pour accompagner le film, voici l'interview du réalisateur sur TV5Monde :
https://youtu.be/-6HI-Omd0tg?si=RGJGxrI0CAs3qxr2

Et un documentaire de France TV :
https://youtu.be/LBhjiUJiZhA?si=rB9y4pL_OnTj-zWb

Voici la bande annonce :