FredVoyage

Gourou

Film français de Yann Gozlan,sur une idée et avec Pierre Niney, Marion Barbeau, Anthony Bajon, Christophe Montenez et Holt McCallany.


Un thriller français plutôt réussi. Le thème parle à beaucoup, et à moi aussi : le coaching. On ne parle pas, ici, d'un coach qui va accompagner un individu pour le faire avancer, mais plutôt d'un énorme business autour d'un homme, Matt, qui peaufine son image pour être LE COACH. Il fait des show à travers la France en imitant un coach américain, et il pense sincèrement aider les gens qui le suivent à mieux vivre.

Je trouve ce film très intéressant à plusieurs titres.

Le titre du film, Gourou, est clair : les gens qui le suivent ne le suivent pas pour devenir meilleur, mais parce qu'il a un tel charisme qu'ils sont absorbés par l'énergie qu'il transmet, et cela a des conséquences : les followers, disciples ou clients font ce qu'il demande, les yeux fermés. Et en même temps, lui aussi, Matt, fait confiance aux autres et à lui-même.

Matt fait des vidéos pour motiver ses followers, mais c'est assez surprenant car il regarde assez souvent ses propres vidéos. Il est devenu lui-même un de ses propres followers, il a tellement confiance en lui qu'il ne réfléchit même plus à ce qu'il dit, il y va directement et sans détour,

Il en arrive à vivre dans un monde parallèle où tout tourne autour de lui et tout doit être fait pour suivre son objectif, même si on doute de son réel objectif : l'argent, le pouvoir, le fait d'aider les autres ? Ce qui est intéressant, c'est qu'il a un gros complexe d'infériorité et il fait tout pour arriver à aller au-delà de ça, mais c'est au détriment de tous ceux et celles qui sont autour de lui. Il n'y a que lui et ses intérêts qui comptent, et pendant les show qu'il organise, cela amène des dérives.

A un moment du film, et c'est vrai que le parallèle est assez intriguant, il se compare à Jésus. Après tout, on pourrait relire les Evangiles comme on voit ce film Gourou. Apparemment personne ne fait directement la comparaison, mais le site Regards Protestant fait cette relecture entre le film Gourou, et la communauté, l'église locale, avec ces mots : "l’emprise ne concerne pas seulement les coachs médiatiques ou les sphères sectaires. Elle peut surgir partout où un leader devient indispensable, où la communauté remplace la conscience, où l’obéissance rassure plus que la liberté exigeante. La foi elle-même peut être détournée quand elle sert à sécuriser plutôt qu’à libérer."

Et le film devient un thriller quand le coach, après avoir tenté de manipuler les gens autour de lui, se fait manipuler lui-même par un de ses proches. On voit alors qu'il est peut-être là pour les autres (même si, on voit bien, dans le film, que c'est le plus souvent très artificiel, notamment pendant les show), mais qu'il ne sait pas appliquer ses règles de manière raisonnable à lui-même et il se fait manipuler à un point tel qu'il devient soumis à un homme en qui il avait confiance, qui va lui soutirer de l'argent et bien plus.

J'ai trouvé ce film passionnant car il montre un peu toutes les ficelles et les dérives du coaching, les jeux d'influence, le fait que rien n'est vraiment contrôlé et donc qu'il y a réellement des dérives qui sont graves : dans le film, on voit quelques personnes qui sont contentes de cet accompagnement, mais on s'attarde beaucoup sur celles pour qui cet accompagnement ne vas pas être bénéfique sur le long terme. Et la question est clairement posée de savoir si un coach, c'est sérieux, ou s'il n'est pas préférable de voir un professionnel qui a fait des études et est responsable de ce qu'il dit à son accompagnant : un psychologue ou un psychiatre.

Et c'est là aussi où c'est intéressant de relier ce film avec Les Dimanches, car là aussi il est question d'emprise quand le prêtre se met à parler de choses intimes avec cette jeune fille, qui est gênée de parler de ses rencontres ou de sa vie amoureuse avec ce prêtre. L'emprise apparaît rapidement quand des personnes parlent entre elle et qu'un rapport de soumission ou d'autorité existe, que ça soit par l'âge ou la situation (professeur/élève, prêtre/laïc ou coach/follower). Cela peut aussi arriver avec des professionnels et d'autres séries comme "En Thérapie" ont pu le montrer pour l'emprise ou le rapport d'un psy avec celles et ceux qu'il suit.

Dans ce film, il est question de faire une loi pour exiger un diplôme pour un coach. Il faut aussi voir qu'il y a plusieurs types de coach, car ce qui n'est pas évoqué dans le film, ce sont les petits coachs, ceux qui sont là pour permettre à quelqu'un d'avancer sur un point précis. Un peu plus jeune, j'ai fait appel à un coach pour me permettre de réfléchir à ma place dans mon entreprise, ma légitimité, le rapport que j'avais avec les salariés : ce type de coaching professionnel est un peu différent car ici, ce n'est pas le coach qui est l'idole ou une personne qui va être ma référence, c'est la situation autour de laquelle on va dialoguer pour me permettre d'avancer. Dans le film, on parle de coach de vie, alors que là, on parle de coaching professionnel, et il existe des formations, mais cela n'a pas forcément de rapport avec la psychologie.

Globalement, c'est un très bon film, qui fait réfléchir, mais qui a tout d'un bon thriller, avec un Pierre Niney très beau et qui incarne très bien ce coach qui finit mal. Voici la bande annonce :