FredVoyage

Gruyères

Il y a un mois, Pierre-Louis, un pilote avec qui je vole de temps en temps, me demande si je suis disponible le 14 juin pour aller à Gruyères, en Suisse, voir un de ses amis. Je note dans mon agenda, mais comme pour tous les vols, on voit ensuite suivant la météo.

Il y a quelques jours, on regarde la météo, et tout se présente bien pour ce dimanche, une belle météo, un peu chaud mais rien d'extraordinaire, 27 degrés, c'est tout à fait correct. On décide donc d'y aller.

Jeudi en fin de journée, je prépare le vol, quelques jours avant, comme j'ai l'habitude. Je regarde les NOTAM, le terrain, et là, je vois que le G7 est organisé à Evian, et un NOTAM indique pour Gruyères, que le terrain sera fermé durant la période du G7, du 10 au 18 juin 2026. Ça commence mal. Après lecture et relecture, il semble que le NOTAM ait des horaires d'application, et je vois sur un autre terrain, que le weekend, le NOTAM n'est pas applicable.

Je contacte donc par WhatsApp, le contact de Gruyères pour demander un PPR, c'est plus simple que par téléphone, surtout le soir. J'ai la réponse vendredi matin qui me dit d'appeler quelques heures avant de venir, et c'est tout. Mais cela ne s'arrête pas là. Vendredi en fin d'après-midi, je reçois un message sur WhatsApp qui m'indique que l'espace aérien sera fermé dimanche de 8h à 17h à cause du G7. C'est noté, on va aller ailleurs. J'ai d'autres choses à faire alors je mets ça de côté et on ira quelque part où j'ai l'habitude.

Mais, revirement samedi en fin de matinée, un message "Contre-ordre" arrive avec un texte qui indique que finalement, le dimanche, c'est bon. Donc samedi en fin de journée, je me mets à faire toutes les démarches pour aller à Gruyères ce dimanche :

  • déclaration de douane pour le vol aller
  • déclaration de douane pour le vol retour

Et ça prend un peu de temps, car il faut indiquer qui vient, et mettre tous les détails (carte d'identité, date de naissance, ...).

Préparation terminée le samedi soir à 22h37.

Dimanche matin, avant de décoller, j'essaie de faire le PPR en appelant au téléphone, mais pas de réponse une fois, pas de réponse 30 minutes après, alors je renvoie un message sur WhatsApp, car normalement, ils ouvrent à 8h. Je m'inquiète un peu mais on part.

La première branche est simple : Pontarlier. Je n'y étais jamais allé, mais c'est assez simple, même si à l'arrivée, il faut quand-même faire attention aux villages à ne pas survoler et aux collines qui sont aux environs du terrain. On se pose, j'appelle avec mon casque d'avion, pour le PPR et j'ai une réponse tout de suite, et la personne que j'ai au téléphone m'indique qu'ils avaient eu des problèmes de téléphone et suite à mon message, c'était corrigé, j'ai pu donc avoir mon autorisation PPR.

On  décolle de Pontarlier, et on tourne un peu pour monter, puis on se dirige vers la Suisse, en passant Sainte Croix pour arriver en Suisse par un endroit où la montagne n'est pas trop haute. On monte vers 5500 pieds et ça passe sans difficulté. Les zones de Payerne ne sont pas actives, donc on va directement à Gruyères.

A 5 minutes de Gruyères, je commence à repérer le coin. J'avais regardé la configuration sur Google Earth, mais je n'avais pas vraiment tout vu. En arrivant sur place, je m'aperçois que le tour de piste est petit, très petit, et j'ai un doute : faut-il passer derrière ou devant le château de Gruyères. Dans le doute et vu que ça fait une descente très raide, au lieu de prendre la piste en service, la 35, je demande si je peux prendre la 17, car pour moi, il n'y avait pas beaucoup de vent et on m'a dit que ce n'était pas un problème car j'étais tout seul (sans m'indiquer comment était le vent à ce moment-là).

Donc demi-tour, et on prend le tour de piste, assez court aussi pour la 17 main droite. Je regarde précisément la vitesse, et comme la descente est raide, je suis tout réduit, les 2 crans de volets du DR-400 sortis, en finale à 130km/h. A un moment, je prends une petite pompe, mais je rattrape et on arrive au seuil de piste à la bonne vitesse, je plaque l'avion au sol, rentre les volets et je freine, on n'utilise à peine les 2/3 de la piste, tout va bien, on est arrivé à Gruyères.


C'est un petit terrain, un peu comme celui d'Autriche il y a quelques semaines, mais à flan de montagne :

On est très bien accueillis, et le restaurant est ouvert, on va manger.

Au milieu du repas, la personne de la tour vient me voir pour me dire que je n'ai pas clôturé le plan de vol. Je suis surpris, mais elle me dit que tout est bon et qu'elle a répondu à l'ATC quand ils l'ont appelé, mais la prochaine fois, il faut que je le ferme, ils ne s'en occupent pas. Chaque pays a ses usages ...

Après ça, je demande si c'est possible d'acheter du Gruyères, et on nous indique une petite boutique en ville à 15 minutes à pied, alors on y va pour se balader et profiter un peu de la région, et faire une petite marche digestive car le repas n'était pas vraiment léger !

Voici ce que l'on voit en marchant à côté du terrain :

En haut de cette photo, le château de Gruyères, très joli, mais en hauteur et juste derrière la piste, et après m'être renseigné à la tour, il fallait effectivement passer derrière puis revenir du côté piste un peu plus bas en finale, mais bon, c'était chaud !

On achète un morceau de fromage :

Ensuite, on rentre au terrain. De toutes façons, pas d'inquiétude, le décollage se fait en 35. Voici le terrain d'un peu plus loin :

Comme on peut le voir un peu sur la photo, à gauche, il y a juste en bout de piste, un peu de verdure, et une petite colline. Ça m'inquiète. Je sors le manuel de vol de l'avion, Pierre-Louis sort ChatGPT, et on essaie de calculer et de demander si on peut décoller ou pas. De mon côté, je fais les calculs, et Pierre-Louis demande à ChatGPT qui fait aussi les calculs. Le problème est que le calcul est assez flou. La réponse est que le roulage va prendre entre 350m et 450m, et le décollage des 15 mètres autour de 700m, pour une piste qui en fait, sur le papier 885m mais avec une distance de décollage en 35 limitée à 717m.

En discutant avec la tour, elle me dit qu'elle décolle les roues avant le début du restaurant, sinon il faut arrêter le décollage, ça sera trop juste, et qu'ensuite il faut faire un palier pour prendre de la vitesse.

Je refais les calculs plusieurs fois, je refais la masse de l'avion plus précisément avec la quantité restante d'essence et on n'est pas à 900km mais plutôt vers 870kg, et on a un tout petit vent de face, ce qui aide un peu.

On se prépare et on se lance. Altitude 2257ft ; Température 27° ; QNH : 1019. Il fait trop chaud !

Je fais les essais moteurs, je regarde aussi la mixture, on s'aligne une première fois mais la piste n'est pas vraiment droite, le début est un peu hors de l'axe. Je recommence. Freins, plein gaz, je lâche tout et on roule. Tous les 10km/h, je dis la vitesse et après quelques mètres, il y a une petite route qui traverse la piste, je suis à 40km/h, on continue mais ça monte pas assez à mon goût, alors avant d'arriver à la zone limite, décollage avorté, on s'arrête sur la piste.

Message radio, on retourne au point de départ. Je m'aligne bien mieux. Je mets plein gaz et je mixture pour avoir 20 tours de plus, et je fais tout mieux. Je lâche les freins, on roule plus vite, on passe le chemin à 50km/h, et à 80km/h l'avion commence à décoller, petit palier puis montée précise à 130km/h. Je vois le clocher du prieuré arriver devant mois, je regarde les arbres arriver, ma vitesse, ma hauteur. Ça monte petit à petit, pas assez vite pour moi, mais ça monte quand-même, puis on passe le clocher et je vois les arbres, et la rivière qui est moins large que je pensais pour en profiter pour avancer, mais ça monte, ça monte, et enfin je vois le lac, on passe au-dessus des arbres, et tout va bien, je suis soulagé.

Pierre-Louis n'était pas stressé, personne n'a pensé à filmer, mais les calculs étaient bons, et en général, ça se passe toujours mieux en vrai que dans les calculs. Je suis soulagé, vraiment, j'étais stressé. J'ai repassé les commandes à Pierre-Louis, qui a continué la monté au-dessus du lac.

Je fais un message à la radio : "Ça y est, on voit le lac, tout va bien, c'était juste, mais le décollage s'est bien passé !". La tour me répond en me disant qu'ils étaient très content de nous avoir vu "et j'espère vous revoir une prochaine fois", ce à quoi j'ai répondu "Non, je ne reviendrai pas, c'est trop compliqué comme terrain, mais je vous remercie de votre accueil" et elle m'a répondu en me disant que ça serait mieux si je venais quand il fait moins chaud la prochaine fois !

C'est sympa de vouloir faire de petits terrains en herbe, un peu comme à Konstanz le mois dernier, mais il faut que je sois plus confiant dans le fait qu'une fois sur place, je suis capable de décoller pour rentrer sans me stresser, donc il y a certains terrains où il faut mettre une température limite, un nombre de passagers limite (2 personnes à bord, c'est mieux, comme à Konstanz), et bien regarder les abords sur Google Earth avant d'y aller. J'avais regardé sur Google Earth, mais le Château de Gruyères n'était pas vraiment très visible.

Le retour était assez simple. Pour le retour, Payerne était actif, donc on les a contacté, puis on est simplement retourné à Pontarlier faire le plein, avant de rentrer à Orléans.

Honnêtement, c'était une belle journée, un peu stressante au moment du départ de Gruyères, mais c'est fait, tout s'est bien passé. Je n'y retournerai pas avec ce temps, mais peut-être sur un autre terrain près de Gruyères, car j'ai vu qu'en Suisse, dans la partie Francophone, entre Neuchâtel et Genève ou Lausanne, il y a un certain nombre de terrains à faire, et ça serait sympa d'en faire un de temps en temps.

En conclusion : je dirai attention à tous les pilotes qui pensent que c'est facile d'aller sur des terrains qu'ils ne connaissent pas. Lisez bien les cartes VAC, regardez sur Google Earth si vous avez le moindre doute, et surtout éviter la montagne si vous ne la connaissez pas. Aussi, volez sur des avions que vous connaissez. Je n'aurai jamais fait ce vol avec un autre avion que le mien car je sais comment se comporte le mien, mais j'ai déjà eu des mauvaises surprises sur des avions du club qui ont parfois de petites différences qui, sur des situations complexes comme celle d'aujourd'hui, peuvent mener à de grosses différences en pratique, et parfois poser des problèmes assez sérieux.

Ajout du lendemain : concernant le fait que le plan de vol n'a pas été fermé en arrivant à Gruyères, j'ai reçu le lundi matin, un SMS : 

Donc après recherches, en Suisse, il faut appeler le 0800 437 837 ou utiliser l'application mobile Swiss SAR Alerts (qui ne fait rien de plus qu'appeler ce numéro ou un autre suivant le pays dans lequel on se trouve).

Sinon concernant le fromage, il n'a pas vraiment aimé le trajet, chaîne du froid rompue, il est impropre à la consommation. La prochaine fois, penser à la glacière !