Répartition des extensions nationales
Tech
2026-10-02

SOMMAIRE
Extensions nationales : en Europe, le .com n'est plus le réflexe par défaut
Quand on crée un site, le « .com » vient souvent en premier à l'esprit. Pourtant, dès qu'on regarde les chiffres pays par pays, une autre réalité apparaît : en Europe, la plupart des entreprises et des particuliers choisissent d'abord l'extension de leur pays. Le .fr, le .de, le .nl ou le .it ne sont pas des choix par défaut ou des solutions de repli, mais le premier choix d'une majorité de titulaires.
Cet article fait le point en quatre temps : la répartition mondiale entre extensions génériques et extensions pays, la part de l'extension nationale dans une quinzaine de pays, les raisons de ces différences, et enfin un tour d'horizon des extensions de villes comme .paris ou .berlin.
Cet article a été écrit en grande partie grâce à Claude et aux recherches qu'il a effectué, et les liens des sources sont en note au bas de cet article.
1. Le paysage mondial : génériques contre extensions pays
Internet compte aujourd'hui un peu plus de 400 millions de noms de domaine[1]. Le .com en représente à lui seul un peu plus de 4 sur 10. Les extensions pays (.de, .fr, .uk, .eu…) en pèsent un bon tiers. Le reste se partage entre les autres génériques historiques (.net, .org, .info…) et les nouvelles extensions apparues depuis 2014 (.shop, .online, .paris…).
À l'échelle mondiale, les génériques restent donc majoritaires, et la croissance récente vient surtout des nouvelles extensions génériques, qui ont progressé de près de 30 % en 2025[2]. Mais cette moyenne mondiale cache des écarts considérables entre régions. Les extensions pays représentent 60 % des noms en Europe, 71 % en Amérique latine et 66 % en Afrique, contre seulement 4 % en Amérique du Nord, où le .com détient 67 % du marché[2].
Autrement dit, l'image d'un Internet « tout .com » est avant tout une image nord-américaine. Ailleurs, et particulièrement en Europe, c'est l'extension nationale qui domine le marché local.
2. La part de l'extension nationale, pays par pays
Le tableau ci-dessous montre, pour chaque pays, la part des noms de domaine détenus localement qui sont enregistrés sous l'extension nationale (en bleu), sous le .com (en gris foncé) et sous les autres extensions (en gris clair). Selon les registres, le .com est parfois publié seul, parfois regroupé avec les autres génériques.
| Pays | Extension | Part nationale | Répartition |
|---|---|---|---|
Pologne[16] | .pl | 72 % | 16 % 12 % |
Pays-Bas[13] | .nl | 67 % | 21 % 12 % |
Suisse[9] | .ch | 65 % | 15 % 20 % |
Danemark[18] | .dk | 64 % | 36 % (dont .com) |
Allemagne[7] | .de | 60 % | 36 % |
Belgique[5] | .be | 56 % | 17 % 27 % |
Royaume-Uni[19] | .uk | 55 % | 42 % |
Espagne[11] | .es | 52 % | 34 % 14 % |
Autriche[15] | .at | 48 % | 25 % 27 % |
Italie[10] | .it | 47 % | 37 % 16 % |
France[3] | .fr | 40 % | 44 % 16 % |
Canada[21] | .ca | 32 % | 68 % (dont .com) |
États-Unis[2] | .us | 4 % | 67 % 29 % |
Bleu : extension nationale. Gris foncé : .com seul. Gris moyen : .com et autres génériques regroupés (Pologne, Allemagne). Gris clair : autres extensions, ou « autres, dont .com » quand le registre ne publie pas le .com seul (Danemark, Canada). Les années et les méthodes varient d'un registre à l'autre : voir les notes. Pour les États-Unis, le chiffre couvre toute l'Amérique du Nord. La Tchéquie et le Luxembourg ne publient pas de répartition.
Le constat est net : dans la quasi-totalité des pays européens étudiés, l'extension nationale arrive en tête, souvent avec plus de la moitié du marché. Sur les neuf pays où la part du .com est publiée, l'extension nationale le devance dans sept. Les deux exceptions sont la France, où le .com reste légèrement devant, et l'Amérique du Nord.
3. Pays par pays : ordres de grandeur et dynamiques
France : 4 noms sur 10 en .fr, et un .fr qui accélère
Le .fr détient environ 40 % des noms détenus en France, juste derrière le .com (44 %)[3]. C'est le seul grand pays européen où l'extension nationale n'est pas en tête. Mais la tendance de fond lui est favorable : le .fr a gagné près de 5 points de part de marché depuis 2015, quand le .com n'en gagnait qu'un[3]. En 2025, il a battu son record de créations avec 853 000 nouveaux noms, et il a gagné 200 000 noms en dix mois pour dépasser les 4,5 millions en septembre 2026[4]. Chez les TPE et PME, le .fr est d'ailleurs largement majoritaire : 62 % d'entre elles l'ont choisi comme première extension, contre 33 % pour le .com[4]. Le léger recul du .fr en 2025 (–0,1 point) s'explique surtout par les campagnes promotionnelles de Verisign sur le .com, dont l'effet durable reste à confirmer lors des renouvellements de 2026[3].
Belgique : plus de la moitié en .be, et un .eu très présent
Le .be représente environ 56 % des noms belges, plus de trois fois le .com (17 %)[5]. La Belgique est aussi le pays où le .eu est le plus visible dans nos données (7 %), ce qui paraît cohérent avec la présence des institutions européennes à Bruxelles. Le .be compte 1,7 million de noms et a enregistré près de 208 000 créations en 2025, malgré un nombre record de faillites[6]. Particularité : environ 18 % des .be sont détenus par des Néerlandais[5].
Allemagne : 3 noms sur 5 en .de
Le .de détient environ 60 % du marché allemand[7]. Avec 18 millions de noms, c'est la plus grosse extension pays d'Europe et la deuxième au monde derrière le .cn[1][8]. Son attractivité dépasse les frontières : plus de 2 millions de .de sont détenus par des titulaires installés hors d'Allemagne[7]. Les extensions régionales allemandes (.berlin, .bayern, .hamburg, .nrw…) restent en revanche marginales face au .de.
Suisse : 2 noms sur 3 en .ch
Plus de 65 % des noms détenus en Suisse sont en .ch, contre environ 15 % en .com[9]. Le .ch compte plus de 2,6 millions de noms et progresse encore[8]. Le multilinguisme du pays ne pénalise pas l'extension nationale : le .ch fonctionne comme un label commun, au-dessus des langues.
Italie : près d'un nom sur deux en .it
Le .it détient 47 % du marché italien, dix points devant le .com (37 %)[10]. Le stock reste stable autour de 3,5 millions de noms, avec 482 575 créations en 2025 et un taux de renouvellement de 83,6 %[10]. Près de 13 % des nouveaux .it sont enregistrés par des titulaires étrangers.
Espagne : un .es majoritaire depuis 2014
Le .es dépasse la moitié du marché espagnol depuis 2014 (environ 52 %, contre 34 % pour le .com)[11]. Depuis, son parc a encore progressé de plus d'un quart, pour atteindre 2,2 millions de noms en juillet 2026[12]. L'Espagne illustre aussi la force des extensions identitaires : le .cat, dédié à la langue et à la culture catalanes, pesait à lui seul environ 2,5 % du marché espagnol[11].
Pays-Bas : le marché le plus dense d'Europe
Les Pays-Bas comptent environ 6 millions de .nl pour 18 millions d'habitants, soit près d'un nom pour trois habitants. En volume, le .nl pèse environ 60 % du marché néerlandais[14], et 67 % des titulaires déclarent le préférer, contre 21 % pour le .com[13]. Le .nl a toutefois reculé de près de 2 % en 2025, sous l'effet d'un climat économique moins porteur et des promotions sur le .com[13].
Autriche : un .at deux fois plus présent que le .com
Le .at détient 48 % du marché autrichien, contre 25 % pour le .com, une répartition stable depuis au moins 2024[15]. La proximité avec l'Allemagne joue : près d'un quart des .at sont gérés par des registrars allemands, et le .de est probablement bien représenté dans les « autres » extensions.
Pologne : la préférence nationale la plus forte
Environ 72 % des noms détenus en Pologne sont en .pl, contre 16 % pour l'ensemble des génériques[16]. Le .pl se distingue par ses sous-domaines fonctionnels (.com.pl) et régionaux (.waw.pl, .wroclaw.pl…), qui représentent près d'un quart de son parc. Le stock reste stable autour de 2,56 millions de noms[17].
Danemark : près de 2 noms sur 3 en .dk
Le .dk revendique environ 64 % du marché danois, pour quelque 1,37 million de noms[18]. Son prix annuel est encadré et fondé sur les coûts, et 65 % des .dk sont sécurisés par DNSSEC, l'un des taux les plus élevés d'Europe.
Royaume-Uni : un .uk devant, mais un .com très présent
Le .uk reste devant le .com, mais l'écart est faible : dans une étude portant sur 10 000 publicités, 55 % des adresses affichées étaient en .uk et 42 % en .com[19]. La langue partagée avec les États-Unis explique sans doute cette place du .com, surtout pour les marques à vocation internationale. Le .uk compte tout de même plus de 10 millions de noms, dont 8 millions de .co.uk, et environ 168 000 créations par mois[20].
Canada : un .ca minoritaire mais en forte progression
Le .ca détient environ un tiers du marché canadien, et sa part est passée de 20 % à 32 % en une décennie, essentiellement au détriment du .com[21]. Sa force tient à son image de confiance, renforcée par une obligation de présence au Canada. Selon une enquête de 2013, les Canadiens le préfèrent largement au .com, aussi bien pour un usage professionnel (49 % contre 17 %) que personnel (54 % contre 10 %)[22].
États-Unis : l'exception .com
En Amérique du Nord, les extensions pays ne représentent que 4 % des noms, contre 67 % pour le .com[2]. Le .us est même en recul : environ 2,2 millions de noms en janvier 2026, contre 2,6 millions six mois plus tôt[23]. C'est ce modèle américain qui a façonné l'image du « .com par défaut », mais il ne reflète pas le marché européen.
4. Les extensions de villes : une niche identitaire
Depuis 2014, des villes et des régions disposent de leur propre extension : .paris, .berlin, .london, .tokyo, .bzh… Elles restent des niches en volume, mais certaines ont trouvé leur public. Le classement ci-dessous est celui de l'étude DOTZON 2023, qui combine huit critères (volume, chiffre d'affaires, sites actifs, densité par habitant, comparaison avec l'extension nationale…)[26].
| Rang | Extension | Chiffre clé |
|---|---|---|
| 1 | .amsterdam | 16,8 millions de pages indexées par Google, forte densité par habitant |
| 2 | .berlin | Première extension de ville ouverte au public, environ 1,9 M$ de chiffre d'affaires annuel |
| 3 | .tokyo | Plus de 100 000 noms, la plus grosse extension de ville en volume |
| 4 | .nyc | Beaucoup de noms actifs, plus populaire localement que le .us |
| 5 | .okinawa | Plus de 32 noms pour 1 000 habitants, 51 % de noms actifs |
| 6 | .hamburg | Bon chiffre d'affaires et PIB élevé par nom de domaine |
| 7 | .paris | 19 340 noms en 2024[27] |
| 8 | .koeln | Seule extension utilisant le nom local de la ville (Köln, Cologne) |
| 9 | .vegas | Forte densité de noms par habitant |
| 10 | .london | Environ 35 000 noms (2023), environ 875 000 $ de chiffre d'affaires annuel |
Ces chiffres sont à mettre en perspective : la plus grande extension de ville, .tokyo, pèse à peine 2 % du seul .fr. En France, le .paris tend même à reculer, avec un taux de suppression de 14,4 % en 2024[27]. À l'inverse, le .bzh, réservé aux acteurs ayant un lien avec la Bretagne, progresse d'environ 1 000 noms par an pour atteindre 13 000 noms[28]. Le .corsica, lui, compte 2 370 noms[27]. Les extensions qui réussissent sont celles qui s'appuient sur une identité forte et une communauté, plus que sur la taille de la ville.
Conclusion : ce qu'il faut retenir
- Dans le monde, le .com reste la première extension (41,5 %), mais les extensions pays pèsent plus d'un tiers des noms, et 60 % en Europe.
- En Europe, l'extension nationale est le premier choix dans presque tous les pays étudiés, souvent avec plus de la moitié du marché : 72 % en Pologne, 65 % en Suisse, 60 % en Allemagne, 56 % en Belgique.
- La France fait figure d'exception, avec un .fr à 40 % juste derrière le .com, mais c'est l'un des .fr les plus dynamiques d'Europe : record de créations en 2025, +5 points de part de marché en dix ans, et 62 % des TPE/PME qui le choisissent en premier.
- Le « .com par défaut » est surtout un modèle nord-américain : les extensions pays n'y pèsent que 4 %.
- Les extensions de villes restent des niches ; celles qui réussissent (.bzh, .berlin, .amsterdam) misent sur l'identité plus que sur le volume.
Notes et sources
- Verisign, Domain Name Industry Brief, 2e trimestre 2026, 23 juillet 2026 : 401,6 M de noms, dont 166,6 M de .com, 12,5 M de .net et 148,6 M d'extensions pays.
- Afnic, Observatoire des noms de domaine : le marché mondial en 2025, juillet 2026 : parts régionales des extensions pays et du .com en Amérique du Nord.
- Afnic, The .FR in 2025, mars 2026 : parts de marché en France au 31/12/2025 (.fr 40,35 %, .com 44,1 %), évolution 2015–2025.
- Afnic, Le .fr franchit les 4,5 millions de noms de domaine, 3 septembre 2026.
- DNS Belgium, Everything you want to know on domain names in 2021, mars 2022 : .be 56,4 %, .com 16,5 %, .eu 7 %, .net 5,2 %.
- DNS Belgium, Belgian internet continues to grow, 2026 : 1 701 999 .be fin 2025.
- DENIC, In Germany three out of five opt for .de (données septembre 2021), et statistiques annuelles : 2 078 265 .de détenus hors d'Allemagne fin 2024.
- Hosttest, Domain-Statistik Q3 2026, d'après les registres : .de 18,05 M, .ch 2,64 M, .at 1,52 M, .uk 10,5 M.
- SWITCH, Market Share of Top Level Domains in Switzerland, consulté en octobre 2026.
- Registro .it, dossier de presse 2026 : marché italien en décembre 2025 (.it 47 %, .com 37 %, autres génériques 10 %, .eu 4 %).
- Reason Why, Los dominios .es representan por primera vez más de la mitad, janvier 2015 (données fin 2014, Red.es et al.).
- Red.es, Estadísticas del dominio .es, juillet 2026.
- SIDN, The .nl domain in 2025, janvier 2026 : préférence déclarée des titulaires.
- Emerce, Domeinnaammarkt stabiliseert na krimp, décembre 2024 : 6,2 M de .nl sur un marché d'un peu plus de 10 M de noms.
- nic.at, compte rendu du Domainbeirat du 22 septembre 2025.
- NASK, rapport détaillé du 3e trimestre 2018 (ordres de grandeur).
- NASK, rapport annuel 2025 : 2 559 869 .pl actifs fin 2025.
- BTW Media, fiche Punktum dk, 2026 (chiffres annoncés par le registre).
- Domain Incite, Nominet study reveals advertisers' favorite TLDs, novembre 2010.
- Nominet, Celebrating 30 years of Nominet, mai 2026.
- SIDN, A tale of two TLDs, entretien avec CIRA (non daté).
- DNJournal, Fact Book 2013 sur le .ca, juin 2013.
- Domain Incite, Shrinking .us TLD is up for grabs, avril 2026.
- Openprovider, Top 10 most popular cityTLDs, d'après l'étude DOTZON 2023.
- Collectivité de Corse, rapport sur la commercialisation du .corsica en 2024.
- Afnic, L'Afnic célèbre les 10 ans du .bzh, décembre 2024.
