FredVoyage

Tournage d'un court métrage

Début juillet, c'était noté dans mon agenda depuis quelques mois : participation au tournage d'un court métrage.

  • Nom du film : Oiseau de paradis
  • Durée du film : environ 20 minutes
  • Synopsis : Strelitzia, une adolescente de 15 ans, est éperdument amoureuse de Léo, un garçon de 16 ans. Elle est partagée entre un désir d’indépendance pour vivre cet amour naissant, et un conflit de loyauté à l’égard de sa mère surprotectrice. Cette dernière est mariée à un homme effacé, qui ne semble pas investir sa place de père. Cette situation nouvelle viendra bouleverser cet équilibre familial fragile.
  • Durée du tournage : 10 jours
  • Avec une équipe de 20 personnes

C'est la première fois que je participe activement à la création d'un court métrage, c'est une expérience très intense, et assez inhabituelle. Tout le monde est bénévole, et chacun prend 10 jours (parfois moins pour les acteurs qui n'ont pas forcément eu besoin de venir durant la totalité du tournage) pour donner naissance à ce qui deviendra un court métrage de qualité professionnel.

Mon rôle

Avant le démarrage, on m'a dit que je serai assistant. En fait, j'ai 3 rôles dans ce film. Le premier rôle, qui date de l'année dernière, c'était Assistant de Production. Mon job était de récolter de l'argent pour le film. Mission pas vraiment accomplie car la cagnotte sur Hello Asso a rapporté 320 € sur les 20 000 € demandés. La plupart des donateurs sont des connaissances de l'équipe, donc je n'ai pas vraiment fait grand chose. Les personnes qui gèrent les réseaux sociaux, Pierre-Antoine et Axel ont fait la plus grosse part du travail.

Ensuite, au printemps, j'ai appris que je serai acteur. Il manquait un acteur pour la dernière scène du film, qui devait ressembler au personnage de Léo mais 10 ans plus vieux, et on a trouvé (pas moi, mais les autres, le réalisateur notamment), que, bien maquillé, ça devait le faire. Résultat : un rôle de 30 secondes sans parole.

Enfin, et ça, je l'ai su quelques jours avant le début, je serai Assistant Régis pendant toute la durée du tournage, en binôme avec Clément.

Déjà, avant le tournage, tout ces rôles me semblaient mystérieux notamment parce que les termes utilisés ne sont pas ceux auxquels j'ai l'habitude. Pour prendre un exemple très clair : pour moi, celui qui tient la caméra, c'est le cameraman, mais en fait, dans le jargon, on l'appelle Chef Opérateur ou DOP, et ici, le Chef Opérateur, il est aussi Cadreur, et il a un assistant qui fait autre chose, je vais y revenir plus tard. Tous ces rôles donc, je les ai appris pendant le tournage, donc le premier jour, il fallait apprendre les rôles de chacun et comment s'appelle tout le monde, et ça m'a pris un peu de temps.

Mon rôle, en tant qu'assistant régis, c'est de m'occuper de la logistique. La régie, dans le jargon, c'est le café et les madeleines. C'est aussi la logistique pour que tout le monde ait de quoi manger, et que chacun soit au bon endroit au bon moment, donc les transports. Le vendredi soir, premier jour, mon job principal était donc de faire les rotations à la gare pour aller chercher ceux qui arrivaient (en 3 fois car certains ont loupé leur train), et les ramener au QG, puis faire à manger pour tout le monde.

Une des choses qui ont contribué à la très bonne ambiance de la semaine, c'est que tout le monde dormait presque aux mêmes endroits. Certains dormaient chez le réalisateur, d'autres chez le chef opérateur, et moi, je dormais chez moi, mais j'ai aussi hébergé un des acteurs en fin de semaine. On se retrouvais tous ensemble pour manger le midi (pas moi, car je commençais à 14h) et le soir (c'est moi qui faisais à manger) donc on était vraiment tous ensemble toute la journée.

Début du tournage

Le samedi matin, on a commencé le tournage. Comme, dans le film, il y a, à la toute fin, quelques scènes qui se passent 10 ans après, devant une prison et dans un cimetière, on a commencé par ça, car ça permet de faire en sorte d'avoir le père de Strelitzia qui se laisse pousser la barbe, on le filme avec la barbe le premier jour, ensuite il la rase et le reste du temps, il est plus jeune, il n'en a pas.

Donc ce samedi matin, à 2 pas de chez moi, devant un collège, on a transformé l'entrée des profs en sortie de prison. Il n'y avait pas vraiment grand chose à faire puisque l'on a simplement mis un écriteau : Prison. Le reste correspondait totalement à une prison. Beaucoup de collèges ou de lycées ont ces murs et portes assez grandes, et là, c'était vraiment adapté, donc on est allé filmer là le samedi matin, et l'après-midi, on est allé au cimetière pour filmer la partie où je (Léo) croise le père de Strelitzia.

En tant qu'assistant régis, le matin, je me suis occupé d'amener l'acteur, et je me suis assuré que le café soit bien là. Pour l'anecdote, j'ai dû apprendre à faire du café, ce que je n'ai jamais fait car je n'en bois pas. J'ai donc fait du café tous les jours, surtout quand Clément, le régisseur principal, n'était pas là.

A midi, sandwich à la maison (du réal) avant d'aller au cimetière.

Et l'après-midi, on l'a passé au cimetière, pour faire une scène. Le matin, c'était assez rapide. Il y avait une scène, 2 plans, et ça a été assez vite, il a juste fallu bloquer la rue. L'après-midi au cimetière, il y avait une scène, 4 plans, et ça rendait les choses plus difficiles. Comme je ne fais que regarder les films, je ne connaissais pas la technicité des plans : quand on voit 2 personnes parler ensemble, et la caméra qui passe de l'une à l'autre, on trouve ça normal. En fait, le plus souvent, comme il n'y a qu'une seule caméra, car une caméra, ça coûte très cher, on va faire la scène 2 fois, une fois en regardant la première personne, et une autre fois en regardant l'autre personne. On aura donc une seule scène, et 2 plans. Et comme parfois, ça ne se passe pas toujours très bien, alors il faut refaire les plans, donc on a plusieurs prises.

Au début de chaque scène, il y a une prise technique. On ne filme pas, mais on fait la scène, un peu comme une répétition au théâtre. Tout le monde regarde, et on voit si tout ce que le réal avait imaginé peut être filmé comme il veut, ensuite on filme une ou plusieurs fois. J'ai donc du faire plusieurs fois la scène, et comme on se croise en se jetant un regard, il faut que ça se fasse toujours à peu près au même endroit, donc on a du la refaire plusieurs fois dans plusieurs sens, en essayant de faire toujours pareil, parfois même en modifiant un peu suivant l'endroit de la caméra, pour que ça soit toujours cohérent.

On y a passé toute l'après-midi, et les acteurs, donc Jeff et moi, on a pris des coups de soleil. Heureusement, la maquilleuse veillait et faisait des retouches de temps en temps !

Le staff


Pour ce qui est des acteurs, on avait 4 acteurs principaux : les 2 parents de Strelitzia, Strelitzia et Léo (2 acteurs pour Léo, dont moi). Ensuite on a eu un jeune acteur pour faire une petite scène, et des figurants (dans un kébab, dans un lycée et devant la maison). On a aussi eu des ambulanciers et des policiers qui ont fait figurant pendant une scène le soir. Cela représente donc beaucoup de personnes, dont tous les figurants et ceux qui sont intervenus sur certaines scènes, qui ne sont venus que ponctuellement.


Il y avait aussi tous les techniciens, et c'est cette partie-là qui m'a plus intéressée, car pour certains, je les avais déjà croisés sur d'autres tournages, car l'ASPAC fait un ou 2 petits films par an, notamment pour le Nikon Film Festival, et je suis naturellement plus attiré par les métiers techniques qu'artistiques. En fait, les métiers techniques dans le cinéma, sont aussi des métiers artistiques, et c'est ça qui en fait le charme.

Il y avait donc le Réalisateur, Patrick, qui a écrit le court métrage et est sûr de ce qu'il veut. Il m'a expliqué avoir fait des stages de formation pour savoir comment écrire et diriger un film, car il semble tout bien connaître, sans jamais avoir fait d'école ni de film avant (ici, c'est son 3ème mais même au premier, il a bien dû apprendre) et c'est lors de ces stages qu'il a pu apprendre comment tout cela fonctionne. C'est lui le "chef".

Après, il y a l'assistant réalisateur, Félix. Lui n'a rien fait en amont, directement lié au film, mais il a préparé le tournage avec Patrick et pendant le tournage, c'était lui le référent. Il organise tout ce qui tourne autour du film : qui doit être là quand, pour faire quoi. Quand quelque chose ne va pas, c'est à lui de trouver une solution, et de se coordonner avec ceux qui doivent faire des choses pour s'assurer que tout soit bien fait. J'ai été impressionné par son sens de l'organisation et sa motivation. Il était dans la préparation, toujours de bon humeur, du matin jusqu'au soir tard, car les journées étaient assez longues.

Ensuite, l'équipe visuelle : Tom, le chef opérateur, celui qui maniait la caméra, un très bel outil d'ailleurs ; Maxime, très discret, dont le travail était de pointer, c'est-à-dire de faire le focus sur ce qu'il faut pour que tout soit net ou flou suivant ce que le réal veut ; Lucas, chef électricien, son principal job était d'installer les lumières pour le tournage, donc en arrivant dans un nouveau décors, intérieur ou extérieur, il devait se concerter avec le chefop et le réal ou l'assistant réal, pour installer les spots ou les lumières là où il fallait, voire parfois les déplacer suivant les besoins.

Côté son, c'était Esteban, qui préférait perchman au lieu de perchiste. C'est celui qui a le plus d'expérience car c'est un vrai professionnel, la plupart des autres personnes sont des professionnels mais qui ne travaillent pas forcément tout le temps dans le cinéma, ce sont des intermittents ou bien des personnes qui ont un travail autre, pour manger, et font du cinéma par passion, pas toujours rémunéré.

Avec tout ça, j'ai oublié 2 personnes importantes et une, accessoire !

Camille s'occupe du maquillage et un peu de la coiffure et de l'habillage, elle entre en scène avant le tournage pour préparer les acteurs et s'assurer qu'ils ne brillent pas, et reste durant le tournage, à proximité, pour faire des retouches s'il y a besoin de changer quelque chose ou si quelqu'un s'est un peu trop frotté le visage, ou attrapé un coup de soleil !

Manon, très importante, est la script. Son travail est de noter chaque scène, chaque plan et chaque prise en indiquant si elle est retenue ou pas, et ce qui va/ne va pas, pour qu'à la fin, au moment du montage, ça soit plus facile de s'y retrouver. C'est aussi elle qui doit s'assurer que les objets sont au bon endroit entre les scènes, par exemple si on filme une scène avec plusieurs plans, il faut vérifier que les objets soient bien au bon endroit suivant les plans, qu'un verre qui est plein au début et vide à la fin soit bien à nouveau plein puis vide à chaque prise de chaque plan. Parfois, une lumière reflète ou on voit le cameraman dans le reflet d'un meuble ou d'une fenêtre, c'est son travail de le signaler si le réal ne l'a pas vu.

J'étais assez content de moi, le dimanche, quand on a fait une scène en intérieur, de voir sur le moniteur le reflet d'un bâton de lumière posé par Lucas dans la fenêtre que personne n'avait vu, alors que c'était la 3ème prise. Il a fallu en refaire une en décalant légèrement le bâton pour qu'il ne se reflète pas dans la fenêtre.

Et l'accessoire, c'est l'accessoiriste bien sûr, Florian, un jeune de l'ASPAC, dont le travail principal était de rassembler les accessoires de la journée, le matin dans un sac, et de les disposer aux bons endroits, ou aux bonnes personnes, avant le début du tournage d'une scène. Ici, il coupe des bonbons à la menthe pour faire comme si c'était des médicaments :


Ce qui est intéressant, dans un tournage comme celui-ci, c'est qu'il y a plein de scènes différentes, à plein d'endroits différents, donc on se balade, on voit des choses nouvelles chaque jour, tout en restant dans le même groupe, et ça a vraiment donné une très bonne ambiance.

Moteur

Une chose importante que j'ai apprise dès le dimanche. On a commencé à tourner en intérieur, dans une maison pour les scènes de ménage. En fait, une fois que le moteur tourne, personne ne bouge. Si on est dans le tournage (technique ou acteurs), c'est là que chacun travaille le plus, mais quand on est en dehors de ça, ce qui était mon cas à partir du dimanche, il n'y a rien à faire. Mon travail s'arrête quand le tournage commence le matin, et reprendre à la fin du tournage, le midi, puis de même en début d'après-midi jusqu'à la fin d'après-midi.


Pendant une grande partie de la journée, il faut attendre, mais ça passe assez vite, car au début, ça permet de découvrir les différents rôles sur le tournage, et un peu plus tard dans la semaine, ça permet de se libérer du temps pour faire ce que je n'ai pas le temps de faire quand je suis occuper à amener les gens ou faire à manger, par exemple : faire des courses, pour tout le monde ou pour un des techniciens qui n'a pas le temps de prendre 20 minutes pour aller acheter un paquet de cigarettes par exemple !

A chaque démarrage de la caméra, on avait ces mots toujours dans le même sens :

  • Moteur (assistant réal)
  • Cadré (chef op)
  • Pointé (par Maxime, qui faisait le focus)
  • Action (réal)
  • Coupez (réal)

Sur la caméra, il y avait un lidar. C'est un détecteur laser infra-rouge qui permet à Maxime de faire le pointage, c'est à dire de focaliser la caméra sur un objet en particulier, et Maxime voyait, sur son écran, à la fois l'image, et le lidar sous forme de radar de profondeur. Il pouvait alors, avec une molette, ajuster le focus.


Action

A part être acteur, je me suis beaucoup amuser sur le tournage, mais il y a eu un moment un peu plus marquant, un peu technique, mais amusant, c'est les tournages en voiture. On devait filmer Léo en train de faire du vélo. Pour cela, il y avait 2 scènes.
A la première scène, on devait le filmer de devant, et il nous suivant derrière la voiture, il était pressé de retrouver Strelitzia.
A la deuxième scène, on devait le filmer sur le côté, il pleurait de tristesse.

La première scène était assez simple : Lucas s'occupait de faire le clap, Tom avec la caméra, était assis dans le coffre avec les sièges rabattus, et filmait, tandis que le reste de l'équipe était dans une autre voiture à nous suivre pour avoir les retours en direct avec le réal et voir si c'était bon ou pas. On a utilisé 2 voitures électriques pour faire ce tournage, je conduisais celle avec le cameraman, et on s'est plutôt bien débrouillé. On a fait 2 aller-retours, et c'était fini.

La deuxième était un peu plus compliqué car il fallait aussi le son, puisque Léo pleurait, il criait de colère et de tristesse, il fallait que ça soit filmé et enregistré. Le problème des voitures électriques, c'est qu'elles doivent émettre un son en-dessous de 30km/h, donc au premier aller-retour, on a ce son en permanence. On fait un deuxième aller-retour en essayant de rouler plus vite, mais 30km/h avec le vélo, c'est assez rapide. Je me suis souvenu que sur l'autre voiture, il y avait un bouton pour retirer ce son, car elle était plus ancienne et ce n'était pas encore obligatoire, donc on a échangé les voitures, et Esteban, le preneur de son, a trouvé son bonheur. En plus, il fallait que je me mette au même niveau que Léo pour que Tom, assis sur la place passager, puisse bien filmer et garder le cadrage, ce n'était pas simple. On a du faire au total 4 aller-retours, et c'était bon, juste au moment où il commençait à faire trop sombre pour continuer.


Le deuxième week-end, il y a eu quelques petites choses un peu compliqué ou différents : j'ai fait du blocage de rues, et le dimanche, dernier jour, un orage s'est invité alors que ce n'était pas du tout prévu, même le matin, et on a fini sous une bâche improvisé, à protéger le matériel de la pluie, sous un arbre près d'un petit lac, ce qui n'était pas vraiment top.

Coupez

C'était une semaine intense, et encore, pour ma part, je n'étais là qu'à partir de 14h pendant la semaine, et même une journée absent le jeudi. En dehors de ça, du vendredi au dimanche les 2 week-ends, j'étais là toute la journée, et j'ai vraiment adoré ce qu'il y avait à faire et l'ambiance du tournage. On a eu la change d'avoir un très beau temps sauf le 2ème dimanche après-midi, sinon c'était magnifique.


C'était une grande découverte à la fois technique et humaine. J'ai vraiment vu ce que c'était de participer à un tournage pendant une semaine. On vit tous ensemble, autour d'un projet, et j'ai vraiment adoré !


J'aimerai bien découvrir un peu plus certains aspects techniques, car c'est plus cette partie-là qui m'intéresse, que le fait de jouer, d'être acteur. La prochaine fois, je pourrai peut-être assister l'électricien ou le preneur de son, par exemple, car c'est des métiers qui me conviennent bien : être un peu en arrière de l'image, tout en contribuant à des aspects essentiels de la partie technique du film.

Maintenant que le tournage est fini, il faut attendre le montage, et l'étalonnage. Ce sont 2 choses auxquelles je ne participerai pas, mais qu'il faut attendre pour pouvoir voir le film, probablement dans les 6 prochains mois. Je posterai une update ici.